Suite à mon article publié sur les arnaques et mon retour d’expérience pour les éviter (vous le trouverez ici ), j’ai décidé d’explorer quelques affaires et de vous les partager 🙂.

Nous sommes particulièrement doués pour retenir les histoires plutôt que les concepts abstraits, donc cela me parait l’angle parfait pour vous aider à les éviter, et moi je trouve ça distrayant ^^.

Dans l’imaginaire collectif, un braquage de banque implique des cagoules, des armes automatiques et une fuite en voiture. Elliot Smerling, lui, a compris que pour voler 150 millions de dollars, il n’avait besoin que de deux choses : une version récente d’Adobe Acrobat Pro et l’incroyable crédulité des banquiers d’affaires.

Voici l’histoire de JES Global Capital, ou comment un homme seul, depuis sa villa en Floride, a réussi à faire passer des PDF falsifiés pour une fortune réelle, exploitant la faille la plus embarrassante de la finance mondiale : la politesse.

Chapitre 1 : L’arme du crime (C’est un peu technique, mais promis, c’est drôle)

Pour comprendre l’audace de Smerling, il faut saisir l’outil qu’il a perverti : la Subscription Credit Facility (ou “Sub-line”).

Imaginez que vous êtes un gestionnaire de fonds de Private Equity (l’activité d’acheter des entreprises non cotées pour les revendre plus cher). Vous avez des investisseurs riches, les Limited Partners ou LPs (Fonds de pension, Family Office, HNWI, Universités, etc.), qui ont promis de vous donner de l’argent via un Capital Commitment (Engagement de Capital).

Mais voilà, convaincre ces riches investisseurs capables de déployer de grosses quantités de capital, c’est difficile. Alors, pour aller plus vite, vous allez voir une banque (c’est simplifié hein…) :

  • Vous : “Prête-moi 100 millions tout de suite pour acheter cette usine.”

  • La Banque : “Tu as des garanties ?”

  • Vous : “J’ai une promesse écrite de l’Université de New York (NYU) qui jure qu’elle va apporter l’argent.”

  • La Banque : “Ah, NYU! C’est du solide et on ne va pas les déranger pour vérifier. Tenez, voici les 100 millions.”

C’est ce qu’on appelle la Subscription Finance. C’est un marché gigantesque basé sur une seule hypothèse : “Les riches paient toujours leurs dettes”. Sauf qu’avec Smerling, il n’y avait pas de riches…

Chapitre 2 : Le Faussaire de Wellington

Elliot Smerling, 52 ans, vivait à Wellington en Floride, une ville connue pour ses terrains de polo et sa densité de milliardaires au mètre carré. Pour s’intégrer, il fallait paraître riche. Et pour paraître riche, il avait besoin de l’argent des banques.

Au lieu de passer des années à convaincre de vrais investisseurs, Smerling a décidé de les inventer. Il a créé un fonds, JES Global Capital GP III, et a prétendu avoir levé 500 millions de dollars.

La recette :

  1. L’usurpation de prestige : Il a affirmé que l’Université de New York (NYU) avait investi 45 millions de dollars chez lui. Il a aussi inventé un investissement de 40 millions venant d’un gestionnaire d’actifs (souvent associé dans les rumeurs à Steve Cohen, le propriétaire des Mets de New York, bien que les documents officiels parlent d’un gestionnaire “non nommé”).

  2. La falsification “Adobe” : Il a forgé les Subscription Agreements (Contrats de souscription), copiant les signatures des vrais directeurs financiers de ces institutions.

  3. La preuve bancaire (Fausse) : Il a “photoshopé” des relevés bancaires montrant des virements entrants de 4 à 5 millions de dollars.

  4. La cerise sur le gâteau : Il a fabriqué une lettre d’audit signée par un grand cabinet international (type Big Four), attestant que tout était en ordre. Sauf que l’adresse sur l’en-tête de la lettre était une vieille adresse que le cabinet n’utilisait plus depuis des années. Un détail qui aurait pu tuer l’arnaque, si quelqu’un avait pris la peine de vérifier l’adresse sur Google Maps :sic:

Chapitre 3 : La Cyber-Scénographie

C’est ici que l’histoire devient une leçon de “social engineering”. Smerling savait que la Silicon Valley Bank (SVB) — sa principale victime — allait devoir vérifier ces signatures. C’est la Due Diligence.

Mais Smerling avait un coup d’avance. Il a anticipé la “timidité” des banquiers.

  • Il a enregistré des noms de domaine Internet qui ressemblaient à s’y méprendre à ceux des investisseurs.

  • Si la banque envoyait un email de confirmation à l’investisseur, c’est Smerling (ou un complice) qui le recevait.

  • Il répondait tranquillement : “Oui, je confirme, nous avons bien investi 45 millions chez ce brillant Monsieur Smerling. Cordialement, Le CFO de NYU.”

Résultat ? SVB lui a ouvert une ligne de crédit de 150 millions de dollars. Smerling en a tiré 95 millions en cash presque immédiatement. La Sumitomo Mitsui Banking Corporation (SMBC) et la Citizens Bank sont aussi tombées dans le panneau.

Chapitre 4 : Qu’a t’il fait de l’argent ?

Qu’a fait Smerling de ces millions volés ?

Il a acheté sa légitimité sociale sous forme de carrosserie. Lors de son arrestation, le FBI a saisi une collection de voitures qui ferait rougir certains influenceurs :

  • Ferrari California

  • Porsche Panamera

  • Audi SQ8

  • Cadillac Escalade ESV

  • Mercedes Benz G63

  • Chevrolet Corvette Stingray

Il a également injecté de l’argent dans sa maison, vendue plus tard par le liquidateur pour 790 000 $ (une somme modeste comparée à l’ampleur de la fraude, ce qui suggère que l’argent a flambé ailleurs… drogues et escorts ? lol).

Chapitre 5 : L’Effondrement

En février 2021, le château de cartes s’écroule.
Je n’ai pas trouvé exactement quel grain de sable a enrayé la machine — peut-être un banquier qui a enfin appelé le standard officiel de NYU au lieu de répondre à l’email truqué.

Toujours est-il que le 26 février, le FBI frappe à la porte.

Smerling, confronté à l’évidence (difficile de justifier 95 millions quand vos investisseurs disent “Elliot qui?”), plaide coupable de fraude bancaire et fraude boursière.

La sentence tombe en mai 2022 :

  • 97 mois de prison (8 ans et 1 mois). Sa date de sortie est prévue pour le 21 juin 2027.

  • 133 millions de dollars de restitution à payer. Autant dire qu’il sera endetté sur plusieurs générations…

Conclusion : La Taxe Smerling

Pourquoi cette histoire est-elle importante ? Parce qu’elle a traumatisé Wall Street. Avant Smerling, la vérification des investisseurs (LPs) était une formalité, une marque de courtoisie. Après Smerling, c’est devenu une inquisition.

Aujourd’hui, si un fonds d’investissement veut emprunter de l’argent, il doit subir des contrôles draconiens.

Les banques appellent, vérifient les IP, exigent des vidéos…

Tout le secteur paie désormais ce qu’on appelle ironiquement la “Taxe Smerling” : une lourdeur administrative née parce qu’un homme en Floride aimait un peu trop les belles voitures :s…

La leçon principale pour nous autres investisseurs, c’est “Attention au name dropping”. Ne vous laissez pas aveugler sur la solidité d’une opportunité juste parce qu’on vous évoque le nom de quelqu’un de connu qui est aussi investisseur…

Cédric Tempestini

Cédric Tempestini

Pour ceux qui ont de l’argent. Deal Hunter, Investor, Serial Entrepreneur, BA, Author

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