Blue Owl et le Séisme du Crédit Privé : Ce qu’il se passe réellement
Je suis exposé à la dette privée (ou Crédit Privé, ou Private Debt), et si tu y es exposé aussi, les nouvelles concernant Blue Owl Capital (l’un des plus grands acteurs mondiaux avec plus de 300 milliards $ sous gestion) doivent attirer toute ton attention. Ce qui se joue depuis le 18 février 2026 n’est pas seulement une péripétie interne à un fonds, mais un test de résistance grandeur nature pour toute la classe d’actifs.
(ouai je sais ça fait peur, mais on va analyser les choses posément)
1. L’événement : la vente précipitée de 1,4 Milliard $
Blue Owl a annoncé la vente précipitée de 1,4 milliard de dollars d’investissements en prêt direct (direct lending) provenant de trois de ses fonds de crédit (dont OBDC II) à quatre investisseurs institutionnels nord-américains.
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Le prix : La transaction s’est faite à 99,7 % de la valeur nominale (par value).
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L’objectif officiel : Blue Owl affirme que cette vente est “opportuniste” et vise à réduire l’endettement tout en retournant du capital aux actionnaires.
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La réalité perçue : Le marché y voit une course à la liquidité pour faire face à une vague massive de demandes de rachat (redemptions).
2. Le changement de règles sur les rachats : Le Soft Freeze
Le point qui a fait plonger le titre de Blue Owl de près de 10 % en une journée est le changement radical de sa politique de rachat pour ses fonds destinés aux investisseurs particuliers.
Au lieu de permettre aux investisseurs de demander des retraits trimestriels classiques (souvent plafonnés à 5 %), la firme a instauré un cadre de “retour de capital”. Concrètement :
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Blue Owl décide désormais de la somme qu’elle rend, au lieu que l’investisseur demande son retrait… normal que cela les rende anxieux
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La promesse : rendre 30 % de la Valeur Liquidative (NAV) d’ici 45 jours (environ 2,35 $ par action pour OBDC II).
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L’impact : Bien que le montant rendu soit plus élevé à court terme, la perte de contrôle des investisseur sur leur liquidité a créé un vent de panique, faisant craindre des risques systémiques sur la classe d’actif (et au delà…).
Pourquoi maintenant ? Le SaaSpocalypse et l’IA
L’exposition de Blue Owl au secteur des logiciels (SaaS) est au cœur du sujet.
Début février 2026, les actions de sociétés de logiciels SaaS ont connu un krach historique, perdant plus de 1 200 milliards $ de valorisation en seulement 5 jours (en passant je crois que cette panique est une sur-réaction, j’ai fait un vocal dans mon groupe telegram sur le sujet).
L’origine ? Une remise en question brutale de la pérennité du modèle SaaS traditionnel face à l’émergence des agents IA.
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Le risque pour nos portefeuilles : Si les revenus des entreprises de logiciel baissent, leur capacité à rembourser leurs dettes s’effondre.
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Blue Owl possède environ 12 à 13 % d’exposition au secteur du logiciel dans ses fonds de crédit. Si les valorisations des fonds ne sont pas encore ajustées, le marché craint que les “marques” (évaluations des prêts) actuelles soient trop optimistes.
L’impact réel sur la dette privée : Faut-il s’inquiéter ?
Si tu possèdes des investissements en dette privée, comme moi, voici les trois répercussions majeures à surveiller :
A. La crise de liquidité des fonds semi-liquides
La situation de Blue Owl montre que la “liquidité trimestrielle” promise aux particuliers dans le crédit privé est un mirage en période de stress.
Si trop de monde veut sortir en même temps, les gestionnaires bloquent les fonds pour éviter de vendre des actifs à prix bradés.
Bon rien de neuf là dessus, mais les moins expérimentés découvrent la réalité des choses : si on doit paniquer, il vaut mieux paniquer tôt lol (une chose que la crypto apprend à la dure).
B. La remise en question des valorisations
Le fait que Blue Owl ait réussi à vendre à 99,7 % du pair est un signal positif envoyé aux institutionnels : les actifs ont encore de la valeur. Cependant, les critiques notent que la firme a probablement vendu ses meilleurs actifs (les plus liquides et les plus sûrs) pour obtenir ce prix, laissant potentiellement le “fond de cuve” moins qualitatif dans le portefeuille restant.
C. L’Augmentation du PIK (Payment-In-Kind)
Un indicateur technique à surveiller dans tes rapports : l’usage du PIK. Il s’agit d’intérêts qui ne sont pas payés en cash mais ajoutés au capital dû. En 2026, l’usage du PIK a grimpé à environ 8 % des revenus des fonds de crédit.
C’est souvent le signe que les emprunteurs ont du mal à générer assez de cash pour payer leurs intérêts au taux actuel (c’est pas bon signe).
Quelles conséquences pour Creditstar ?
Je suis exposé aux obligations Creditstar depuis 4 années, et je surveille tous les trimestres la santé de la société en me basant notamment sur les rapports trimestriels qu’ils transmettent : tout va bien.
Mais on peut se demander quelles conséquences pour cet acteur, sachant que j’ai pas mal de membres de mes groupes privés qui sont aussi exposés…
1. Aucun impact direct (Vos fonds ne sont pas bloqués par Blue Owl)
Il n’y a aucune exposition financière directe entre Blue Owl et Creditstar, déjà c’est un point rassurant.
Le financement institutionnel de Creditstar repose sur d’autres partenaires.
Le groupe se finance également via ses propres émissions obligataires et grâce aux investisseurs particuliers à travers notamment son produit SmartSaver.
Le gel des fonds chez Blue Owl ne bloque donc techniquement aucun flux financier chez Creditstar.
2. Les conséquences indirectes (Le risque psychologique et de marché)
Même s’il n’y a pas de lien comptable, le choc provoqué par Blue Owl crispe l’ensemble du secteur du crédit privé.
Cela peut avoir deux conséquences pour Creditstar :
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Le test de la liquidité : L’affaire Blue Owl pourrait provoquer un vent de panique et pousser de nombreux investisseurs particuliers à retirer leur argent de toutes les plateformes de prêt par précaution.
Bon sincèrement cela me semble vraiment extrême, je pense qu’il faudrait une multiplication d’événements de ce type pour provoquer un tel mouvement de panique, mais il faut surveiller.
Néanmoins, dans un cas comme celuic-i, Creditstar pourrait donc faire face à une hausse soudaine des demandes de retrait.
C’est un point à surveiller, même si sur Smartsaver, les investisseurs peuvent instantanément jusqu’à 1 000 € par mois max. -
Un refinancement potentiellement plus cher : Creditstar a prévu une nouvelle émission d’obligations au deuxième trimestre 2026. Si les marchés financiers deviennent frileux vis-à-vis du crédit privé à cause du précédent Blue Owl, Creditstar pourrait être contraint d’offrir des taux d’intérêt encore plus élevés pour réussir à lever des fonds, ce qui pèserait sur sa rentabilité à long terme.
En soit, ça pourrait être une bonne nouvelle pour nous créanciers si la santé financière restait la même mais que les taux augmentaient.
Clairement pour le moment la tendance reste à la baisse de taux et la santé de Creditstar reste bonne à la lecture des rapports trimestriels.
3. La ligne de défense de Creditstar : sa trésorerie
Creditstar dispose d’un pare-chocs solide.
Le groupe a clôturé le dernier trimestre 2025 avec un niveau de liquidité important de 42,2 millions d’euros en cash. Ce matelas financier leur donne une marge de manœuvre rassurante pour honorer d’éventuels retraits massifs sans mettre l’entreprise en danger immédiat.
Conclusion : Quelle stratégie pour tes investissements ?
La “décennie dorée” du crédit privé est testée pour la première fois par un cycle de crédit complet. Ce qui arrive à Blue Owl est un rappel brutal que le rendement supérieur du crédit privé vient avec un risque d’illiquidité majeur.
Mes recommandations :
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Vérifie ton exposition sectorielle
Si tes investissements sont fortement concentrés sur la Tech/SaaS, le risque de défaut ou de restructuration est élevé en 2026. -
Analyse la structure de rachat
Assure-toi de comprendre si ton fonds peut “fermer les vannes” unilatéralement comme Blue Owl vient de le faire. -
Surveille le ratio de couverture des intérêts
Le ratio de couverture des intérêts est le thermomètre de la solvabilité d’une entreprise. On utilise généralement le résultat opérationnel (EBIT) que l’on divise par le coût de la dette sur la même période.
Plus le ratio est élevé, plus la marge de sécurité est grande.
Si ce ratio descend sous 1.5x pour les entreprises dans ton portefeuille, le risque de perte en capital devient réel.
| Ratio | Interprétation | État de santé |
| > 3,0 | Très solide. La boîte génère 3x plus de cash que nécessaire pour ses intérêts. | Zone de confort |
| 1,5 à 2,5 | Vigilance. Une baisse de l’activité pourrait rendre le paiement difficile. | Zone grise |
| < 1,5 | Danger. La moindre secousse économique peut provoquer un défaut. | Zone de risque |
| < 1,0 | Critique. L’entreprise ne gagne pas assez pour payer ses intérêts. | Défaut technique |


