J’ai coupé toutes mes positions crypto, j’en ai parlé dans mes groupes privés, puis mon canal telegram et sur ma chaîne YouTube.

J’ai toujours une exposition mais via des fonds d’investissements sur plusieurs années.

Hier j’ai publié ceci :

Certains m’écrivent : « Tu vois, ça rebondit, tu as eu tort. », bon quelques heures après on était déjà retombé :

Le but n’est pas d’avoir raison contre Internet pendant 24 h. Le but est de conserver du capital et de la lucidité pour gagner la décennie. C’est ça, la gestion du risque.

1) La gestion du risque, concrètement

Définition simple
Gérer son risque, c’est décider à l’avance :

  1. combien tu acceptes de perdre si une idée est fausse,
  2. ce qui rend ton idée fausse (niveau d’invalidation),
  3. comment tu re-entres proprement si le marché repasse dans ton sens.

On ne cherche pas à être prophète. On cherche à rendre supportables les erreurs (il y en aura) et à laisser courir les bonnes décisions.

Vocabulaire utile

  • Drawdown (recul maximum) : baisse entre un plus haut et le point bas suivant.
  • Stop-loss (ordre de protection) : ordre qui coupe la position si l’invalidation est touchée.
  • Levier (emprunt pour grossir l’exposition) : amplifie gains et pertes.
  • Stablecoin (pièce stable, ex. USDT, USDC, DAI) : crypto indexée sur une devise (généralement le dollar).
  • ETF (Exchange-Traded Fund – fonds indiciel coté) : panier d’actifs qui réplique un indice.
  • FOMO (Fear Of Missing Out – peur de rater le mouvement) et FUD (Fear, Uncertainty and Doubt – peur, incertitude et doute) : biais émotionnels classiques.

2) Pourquoi c’est vital si tu veux durer

  • L’arithmétique est cruelle. –50 % nécessite +100 % pour revenir à zéro. Deux gros accidents rapprochés et tu n’es plus investisseur, tu es en rééducation.
  • Le stress coûte cher. Sous pression, on coupe trop tôt les gagnants et on s’entête dans les perdants (oui je sais c’est hyper dur). Un cadre de risque = un calme acheté à l’avance.
  • Le marché change plus vite que nous. Quand ça secoue, le cerveau veut improviser. Des règles préécrites servent de garde-fous (même si il faut garder une part d’adaptabilité car aucun plan ne prévoit toutes les situations possibles)

Objectif ultime : survivre aux tempêtes pour être présent lors des journées ensoleillées.

3) Le contexte actuel (crypto & événement du 10 octobre)

Le 10 octobre a été un choc. Les investisseurs déjà exposés sont sonnés, et il y a peu de nouveaux entrants. Résultat : volatilité et faux départs.
Dans ce contexte, sortir n’est pas un pari top/bottom, c’est une décision de portefeuille pour préserver capital et clarté mentale. Mes scénarios sont imparfaits, mais mon cadre protège le long terme.

4) Construire ton cadre, étape par étape

A) Définir ton mandat

  • Investisseur long terme (horizon années) : faible rotation, priorité au risque global de patrimoine.
  • Swing/Position trader (horizon semaines) : entrées/sorties au signal, cash accepté comme position.
  • Intraday (au jour le jour) : si tu hésites, ce n’est pas ton mandat.

Ton mandat évite de juger une décision avec le mauvais mètre.

B) Alloue un budget de risque

Je propose trois niveaux simples, chiffrés :

  • RPI (Risque Par Idée) : part maximale du portefeuille que tu acceptes de perdre si un trade se trompe (ex. 0,5 % à 2 %).
  • RTC (Risque Total Cumulé) : somme des RPI (Risque Par Idée) des positions ouvertes (ex. 3 % à 8 % max).
  • Perte mensuelle max : si le portefeuille de la poche crypto perd –6 % sur le mois, je réduis la taille des positions de moitié pendant 2 semaines. Automatique, sans débat.

C) Calcule la taille de position (mécanique)

Formule : Taille = RPI / distance d’invalidation.
Exemple : invalidation à –8 %, RPI = 1 % → 1 % / 8 % = 12,5 % du portefeuille sur cette idée.

  • Tu fixes ton RPI (Risque Par Idée).
    Exemple : portefeuille = 100 000 €. RPI = 1 % → perte max acceptée si tu as tort = 1 000 €.

  • Tu fixes ton invalidation (le stop).
    Exemple : invalidation à –8 %. Ça veut dire : si le stop est touché, ta position perd 8 % de sa valeur (pas 8 % du portefeuille, 8 % de la position).

  • Tu calibres la taille de position pour que la perte = RPI.
    Équation : Perte = Invalidation × Taille_de_position
    On veut Perte = 1 000 € et Invalidation = 0,08.
    Donc Taille_de_position = 1 000 € / 0,08 = 12 500 €12,5 % du portefeuille.

Plus l’invalidation est proche, plus la taille peut être grande. Mais c’est la règle qui décide, pas l’émotion.

D) Pose l’invalidation avant d’entrer

Un prix, une clôture journalière, un signal technique : peu importe. Ce qui compte, c’est d’avoir défini le point où « mon idée est fausse ».
On peut être souple sur l’exécution (mèche vs clôture), jamais sur le principe.

E) Écris trois scénarios avec actions

  • Base : le plus probable aujourd’hui.
  • Haussier : conditions de reprise (ex. reprise de 111 700 $ en clôture journalière, volume au-dessus de la moyenne).
  • Baissier : ce qui déclenche réduction (ex. cassure nette de 106 300 $ puis accélération).

À chaque scénario : actions (acheter/renforcer/alléger/couper) déjà prévues.

F) Considère le cash et les stablecoins comme des positions

Être à 0 % d’expo, c’est parfois la meilleure décision. C’est une position à part entière, qui achète du temps et de la lucidité.

G) Le levier (emprunt) : par défaut, non

Le levier compresse la marge d’erreur et accélère la ruine quand ça dérape.
Si tu l’utilises : seulement sur setup éprouvé, coussin de liquidité, plafond de levier (ex. < 1,3× sur portefeuille), et stop-loss dur ou allocation très contrôlée. Sinon, abstinence.

H) Diversifie les risques, pas les tickers

  • Risque marché (corrélation BTC/ETH/altcoins).
  • Risque plateforme : CEX (Centralized Exchange – plateforme centralisée) vs DEX (Decentralized Exchange – échange décentralisé).
  • Risque opérationnel : clés, sauvegardes, procédures, erreurs humaines.
    Empiler 20 altcoins très corrélés n’est pas une vraie diversification.

I) Hygiène mentale

  • Check-list pré-trade.
  • Journal : idée, invalidation, émotion ressentie (3 lignes, pas un roman).
  • Hygiène de flux : muter les canaux qui hurlent. Moins de FOMO/FUD, plus de cortex préfrontal.

5) Adapter le cadre à ta réalité

La bonne gestion du risque épouse ta vie :

  • Âge et horizon : 25 ans avec revenus croissants ≠ 50 ans en préretraite. Plus l’horizon est long et les revenus stables, plus on peut accepter une part d’actifs volatils… si on supporte les drawdowns.
  • Situation familiale : charges fixes élevées = coussin de trésorerie plus large. On ne joue pas l’école des enfants ou le paiement des impôts…
  • Objectifs : constitution de patrimoine, rente, spéculation opportuniste, transmission. Chaque objectif appelle un mandat et un budget de risque spécifiques.
  • Psychologie : si tu ne dors pas à –20 %, la taille est trop grande. La bonne taille est celle qui te laisse dormir.
  • Contraintes réglementaires/fiscales : pays, statut, devises. Le risque n’est pas que « prix ».

Une stratégie parfaite sur Excel mais invivable pour toi est une mauvaise stratégie.

6) Deux personas pour se situer

  1. Jade, 27 ans, freelance tech
    Horizon 10 ans, revenus variables mais en hausse.
    Poche crypto 25 % du patrimoine financier.
    RPI 1 %, RTC 6 %, perte mensuelle max –6 %.
    Aucune dette. Peut accepter des drawdowns de –35 % dans la poche crypto.
  2. Marc, 44 ans, deux enfants
    Crédit immo, dépenses fixes lourdes.
    Poche crypto 10 % du patrimoine financier.
    RPI 0,5 %, RTC 3 %, perte mensuelle max –4 %.
    Priorité : stabilité, pas sensations.

Même marché, cadres différents, décisions différentes. Et c’est sain.

7) Exemple chiffré de plan minimal

  1. Mandat : swing 4–12 semaines.
  2. Allocation cible crypto : 30 % du patrimoine financier.
  3. Perte mensuelle max : –5 % sur la poche crypto → réduction de moitié pendant 2 semaines.
  4. RPI : 1 % | RTC : 6 % max.
  5. Taille : RPI / invalidation (en clôture journalière).
  6. Pas de levier.
  7. Scénarios écrits (base/haussier/baissier) + actions.
  8. Re-entrée progressive si je suis en cash : 1/3 sur signal 1, 1/3 sur franchissement confirmé, 1/3 sur pullback validé.
  9. Revue hebdo : j’ajuste le risque, pas mes émotions.

Mini-calcul : portefeuille crypto = 100 k€. Invalidation à –10 %. RPI = 1 k€.
Taille de la position = 1 000 € / 10 % = 10 000 €.
Si stop touché : je perds 1 k€ (1 %), pas plus. Je reste opérationnel.

8) « Et si ça monte sans toi ? »

Ça arrivera. Parfois souvent. Ce n’est pas un risque existentiel.
Le vrai risque, c’est de perdre trop, trop vite, et de sortir du jeu.
Le marché ne paie pas le courage isolé, il paie la discipline répétée.

9) Erreurs fréquentes (et leurs remèdes)

  • Biais de récence (ne voir que le dernier mouvement) → garde des niveaux objectifs et un journal.
  • Ancrage (rester fixé à ton prix d’achat) → décide sur scénarios, pas sur l’ego.
  • Pari du joueur (gambler’s fallacy – croire qu’un événement « doit » se produire) → rappelle-toi que le marché ne te doit rien.
  • Levier « pour rattraper » → accélère la spirale des pertes. Interdit après une série rouge.

Conclusion

Sortir au milieu du bruit n’est pas une quête de « j’ai eu raison », c’est une priorité au long terme.
La bonne gestion du risque est personnelle, écrite, chiffrée, et révisée.
On ne gagne pas parce qu’on prédit tout, on gagne parce qu’on reste en vie, lucide, et prêt à agir quand la fenêtre s’ouvre.

Et rassurez-vous, j’ai beau savoir tout cela, écrire cet article me fait du bien aussi, je ne suis pas parfait, je suis parfois faible face à mes émotions, mais je fais au mieux au jour le jour :).

Cédric Tempestini

Cédric Tempestini

Pour ceux qui ont de l’argent. Deal Hunter, Investor, Serial Entrepreneur, BA, Author

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